Un détournement de détournement ou le canular de la RTBF !

Publié le par chloe et helene

Le mercredi 13 décembre à 20 heures 15, la chaîne publique de télévision belge RTBF interrompt ses programmes pour diffuser, durant une centaine de minutes une fausse émission d’information évoquant la fin de l’Etat belge, après la proclamation unilatérale par le parlement régional flamand, de l’indépendance de la Flandre. Des figures bien connues du public belge, dont le présentateur François de Brigode, semblent assumer leur rôle habituel : ils annoncent avec un certain calme la crise majeure touchant le sommet de l’Etat belge, la fuite du couple royal vers Kinshasa, capitale de l’ex-Congo belge. L’information semble d’autant plus crédible que diverses personnes du monde politique acceptent d’enregistrer de fausses réactions. Une grande partie du public n’a visiblement pas lu la mention « ceci n’est pas une fiction » apparue un très bref instant avant le lancement de l’émission.

La vigueur des réactions enregistrées s’explique par un contexte politique particulier. La question de l’avenir de l’Etat belge et de celui de la monarchie alimente les discussions institutionnelles, notamment à la veille de la campagne électorale pour les élections législatives prévues pour mai ou juin 2007. Outre les extrémistes du Vlaams Belang qui militent pour la création d’une République flamande, de petites formations alliées aux chrétiens-démocrates et aux sociaux-démocrates réclament une très large autonomie pour leur région. L’avenir de la dynastie des Saxe-Cobourg apparaît également incertain. Une affaire de détournement de fond ébranle la famille royale ; des indices semblent en effet impliquer le fils cadet du roi Albert. Ce véritable scénario catastrophe semble plausible dans de telles circonstances !

Heureusement, il ne s’agit que d’un canular organisé de toute pièce par la RTBF ! Cette méthode peut choquer. Elle a pourtant le mérite d’avoir lancé un débat en profondeur sur la question, tout en y intégrant une pointe d’humour largement inspirée d’Orson Welles. En 1938, Orson Welles avait annoncé à la radio américaine l’invasion de la Terre par des Martiens et déclenché un mouvement de panique. Plus récemment, le jeune artiste allemand, Olivier Karl Boeg, a également suscité de vives émotions dans un quartier de Karlsruhe en utilisant le même procédé.

Falsifiant un journal télévisé, diffusé dans huit bars de Karlsruhe, Olivier Karl Boeg provoque une véritable émeute, en prenant en otage la présentatrice TV, la menaçant avec son arme. D’une voix entrecoupée par des crises de larme, celle-ci, contrainte et forcée, met en garde les spectateurs lors du journal de 20 heures contre les dérives de ce monde et les dangers de la pensée unique capitaliste. Les « victimes » de ce canular n’ont pas trop apprécié la performance artistique. Olivier Karl Boeg a été condamné par le tribunal administratif de Karlsruhe à trente amendes de quinze euros pour trouble à l’ordre public. D’un point de vue artistique, l’expérience a été appréciée. Sa vidéo «WortNapping» est maintenant diffusée au ZKM « Zentrum für Kunst und Medientechnologie » de Karlsruhe.
 



Les « streetartistes » ont également intégré depuis un certain temps la technique de ce qu’ils nomment la « Kommunikationsguerilla » ou le « Guerilla-Marketing ». La guerrilla a pour but politique de renverser une autorité contestée par de faibles moyens militaires très mobiles, utilisant les effets de surprise et avec une forte capacité de concentration et de dispersion. Le «Guérilla marketing » intègre cette forme d’action pour combattre la société de l’information ou plutôt de la désinformation en utilisant ses propres procédés. « N’est-il pas mieux de défigurer les signes plutôt que de les détruire ? » demanda une fois Roland Barthes. « Culture Jamming », «Adbusting » : tous les moyens sont bons pour détourner les nouveaux médias de leur fonction assignée de diffusion de la pensée dominante. Qui aurait pensé un jour que les pouvoirs publics détournent à leur tour ces détournements ?

Publié dans BrainLab

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