La vigueur des réactions enregistrées s’explique par un contexte politique particulier. La question de l’avenir de l’Etat belge et de celui de la monarchie alimente les discussions institutionnelles, notamment à la veille de la campagne électorale pour les élections législatives prévues pour mai ou juin 2007. Outre les extrémistes du Vlaams Belang qui militent pour la création d’une République flamande, de petites formations alliées aux chrétiens-démocrates et aux sociaux-démocrates réclament une très large autonomie pour leur région. L’avenir de la dynastie des Saxe-Cobourg apparaît également incertain. Une affaire de détournement de fond ébranle la famille royale ; des indices semblent en effet impliquer le fils cadet du roi Albert. Ce véritable scénario catastrophe semble plausible dans de telles circonstances !
Heureusement, il ne s’agit que d’un canular organisé de toute pièce par la RTBF ! Cette méthode peut choquer. Elle a pourtant le mérite d’avoir lancé un débat en profondeur sur la question, tout en y intégrant une pointe d’humour largement inspirée d’Orson Welles. En 1938, Orson Welles avait annoncé à la radio américaine l’invasion de la Terre par des Martiens et déclenché un mouvement de panique. Plus récemment, le jeune artiste allemand, Olivier Karl Boeg, a également suscité de vives émotions dans un quartier de Karlsruhe en utilisant le même procédé.
Falsifiant un journal télévisé, diffusé dans huit bars de Karlsruhe, Olivier Karl Boeg provoque une véritable émeute, en prenant en otage la présentatrice TV, la menaçant avec son arme. D’une voix entrecoupée par des crises de larme, celle-ci, contrainte et forcée, met en garde les spectateurs lors du journal de 20 heures contre les dérives de ce monde et les dangers de la pensée unique capitaliste. Les « victimes » de ce canular n’ont pas trop apprécié la performance artistique. Olivier Karl Boeg a été condamné par le tribunal administratif de Karlsruhe à trente amendes de quinze euros pour trouble à l’ordre public. D’un point de vue artistique, l’expérience a été appréciée. Sa vidéo «WortNapping» est maintenant diffusée au ZKM « Zentrum für Kunst und Medientechnologie » de Karlsruhe.
Les « streetartistes » ont également intégré depuis un certain temps la technique de ce qu’ils nomment la « Kommunikationsguerilla » ou le « Guerilla-Marketing ». La guerrilla a pour but politique de renverser une autorité contestée par de faibles moyens militaires très mobiles, utilisant les effets de surprise et avec une forte capacité de concentration et de dispersion. Le «Guérilla marketing » intègre cette forme d’action pour combattre la société de l’information ou plutôt de la désinformation en utilisant ses propres procédés. « N’est-il pas mieux de défigurer les signes plutôt que de les détruire ? » demanda une fois Roland Barthes. « Culture Jamming », «Adbusting » : tous les moyens sont bons pour détourner les nouveaux médias de leur fonction assignée de diffusion de la pensée dominante. Qui aurait pensé un jour que les pouvoirs publics détournent à leur tour ces détournements ?

Et puis, ce matin, je suis allée rendre visite avec
mon chef au curateur de la collection Jumex. Là, c'est carrément un autre monde. On prend le métro jusqu'au nord de Mexico à indios verdes et là on doit prendre un bus pour atteindre le coeur
d'une zone industrielle et rencontrer Michel. Au milieu de nulle part, il y a la plus grande collection d'art contemporain d'Amérique Latine. Petit tour dans la bodega (réserve)...Et
wouaouhhh!!!On ne touche pas, on essaie de deviner entre les étagères les plus grands artistes du moment. Une collection impressionnante!!! Ici, plus on est riche, moins on paye d'impôts. Ca
facilite naturellement les acquisitions. Le curateur est français. Il se lance alors dans une analyse très pertinente de la société mexicaine, de cette démocratie en façade, de ce pays riche dans
lequel on a envie de s'installer. "Mais bon, au bout de 6 ans, j'ai l'impression d'avoir atteint mes limites, de ne plus pouvoir avancer dans la compréhension mexicaine, il va falloir que je
change!!!". Petit tour dans la salle d'exposition de 800 m2 avec des oeuvres de Kiki Smith. L'expo a été importé du Walker Art Center de Minneapolis. Michel nous avoue: "Franchement, moi ca
m'ennuie. Elle n'apporte rien de nouveau. Je n'aime pas sa vision du corps. Elle est dépassée et puis les petits animaux, les étoiles. On se rend tout de suite compte d'où elle vient". Une vision
un peu sévère mais qui a le mérite d'être franche. Michel a débuté comme menuisier et par le hasard des choses, il est entré dans le monde de l'art. Il a une perception très fine et très
personnelle de l'art. Pas d'hypocrisie, pas de "j'addddddooooooooooooore". Une expérience très enrichissante!
