Notre pain quotidien

Publié le par chloe et helene

Le film de Nikolaus Geyrhalter nous plonge dans l'univers de l'industrie alimentaire, dans ce qu'elle a de plus productif mais aussi de plus inhumain. Pas de commentaires, pas de musique, juste des images qui défilent puis qui se fixent devant le spectateur, un seul bruit: celui des machines. Le spectateur découvre les rouages de cette industrie : travail à la chaîne, cadences à respecter et efficacité dans l'abattage. Des images qui en disent long, des travailleurs qui exécutent : castration des cochonnets, exécution des vaches, sélection des poussins, la vie ou la mort en un quart de seconde. Productivité et violence: deux notions qui semblent aller de pair dans ce documentaire. Clichés? A peine: Florence, responsable qualité dans un abattoir de volailles nous a fait part de son expérience. Pour elle, cette cruelle présentation de l'abattage des volailles n'était qu'une vision "édulcorée de la réalité".    

Après une formation de diététicienne, Florence a suivi une formation spécialisée « hygiène alimentaire ». Elle a été choquée par cet univers dans lequel la violence était banalisée, les animaux traités comme des objets.

Peux-tu me parler du circuit de la volaille? Les œufs sont fécondés puis placés dans des couveuses. Les poussins sont alors triés: certains seront destinés au pondage, d'autres à l'élevage. Il s'agit d'un élevage intensif: les poussins sont nourris et vivent les uns sur les autres. Une fois le "calibre" industriel atteint, entassés dans des caisses, ils sont amenés à l'abattoir. Dans le couloir de la mort, certains d'entre eux meurent déjà étouffés. Et puis, massacre à la tronçonneuse, abattage à la chaîne : accrochées vivantes par les pâtes, étourdies par une légère électrocution, les volailles sont décapitées les unes après les autres.

As-tu parlé avec les personnes chargées de l'abattage? "Non, mais les personnes qui accrochent et qui saignent tournent beaucoup. Les personnes qui restent constamment au poste d'égorgeur sont un peu limitées intellectuellement et exécutent les ordres de manière mécanique. Bon, j'en termine avec le circuit de la volaille avant de parler plus précisément du film!". Les volailles mortes sont plongées dans un bac d’eau bouillante pour attendrir les plumes. Elles passent ensuite dans de gros rouleaux compresseurs "comme pour le lavage de voiture mais avec de gros doigts" qui les déplument. Les cadavres sont ensuite accueillis par des travailleurs chargés de découper le cou, les pâtes etc. Dernière transformation: la machine reprend sa place, escalopes, rôtis, tournedos, saucisses, brochettes...Bon appétit!

Comment pourrait-t-on, selon toi, inciter les producteurs à respecter davantage les animaux sans trop remettre en cause leur productivité? Lors de mon travail dans l'abattoir, j'ai rencontré une stagiaire qui tentait de sensibiliser les entreprises sur la question du bien être animal et d'améliorer ainsi leur situation. Néanmoins, il n'existe pas de label garantissant le respect des animaux. Les labels sont seulement créés pour les êtres humains, pour leur garantir la qualité des aliments qu'ils trouvent dans leur assiette. Il faudrait éviter les concentrations d'entreprises et encourager davantage les petits agriculteurs. Pour celà, tout un travail de communication doit être réalisé. Il faudrait que les français aient une meilleure image des agriculteurs.

Connais-tu de petites entreprises respectueuses du bien être des animaux?  Il existe une filière en Poitou Charentes plus respectueuse de la nature:  « les agneaux du Poitou ». L’agneau est nourri avec le lait de sa mère. Il mange du forage végétal issu des champs avec des tourteaux de soja riches en Omega 3. Dans les filières plus classiques, les brebis sont traitées avec des hormones pour "qu’elles mettent bas plus tôt dans la saison" et qu’elles puissent "produire" plusieurs agneaux en même temps. A la naissance, les agneaux sont  séparés de leur mère et nourris au lait artificiel et aux activateurs de croissance. Le lait de la brebis est utilisé pour fabriquer divers produits laitiers.

Quelles sont les scènes du film qui t'ont le plus marquée? Dans une des scènes, des personnes anticipent l'accouchement des veaux en les faisant sortir par césarienne. Les cadavres des "bébés" sont alors jetés dans des brouettes et les travailleurs peuvent récupérer le lait de la mère. Dans une autre scène, des travailleurs provoquent le désir du boeuf en l'approchant du derrière d'une vache puis récupèrent le sperme pour inséminer par la suite les vaches de manière artificielle. Les boeufs défilent, les travailleurs effectuent le même travail toute la journée: abrutissant!!!

Pour les roomatCH, une rencontre très instructive avec le monde animalier, une occasion de réfléchir davantage avant d'entamer une série FrenCHef...

Publié dans Cinéma

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floflo 21/03/2007 12:57

bien joué commentaire réussi!pour les lecteurs, c'est bien moi qui me suis fait interviewer.je précise que la légère électrocution sert à étourdir les volailles pour mieux les saigner. interdit de les abattre à vif car on considère que ça les fait souffrir... version officielle...mais bon un peu injuste de considérer qu'elles ne doivent pas souffrir lors de la mise à mort si on considère l'ensemble de la filière et la souffrance jusqu'à l'abattage...

chloé 21/03/2007 12:50

Je suis contente que cet article ait produit un tel effet sur une des cibles de marque du blog. Nous pensons renouveler le principe de l interview. Tu seras prioritaire lors de la prochaine dégustation FrenCHef. Je compte également sur Hélène pour nous faire découvrir prochainement ses nouvelles créations culinaires!!!Tu n imagines même pas la torture exercée sur les animaux pour obtenir du lait nécessaire à la fabrication le fromage. Ce n est donc pas une bonne solution de se réfugier dans le vin et le fromage. Aurélien, il faut agir!!!!

aurélien 19/03/2007 20:23

Ca commence à déraper là... J'avoue que ce sujet me fait froid dans le dos, il me touche vraiment, la cible du blog, cible dont je me fais ici le représentant (ça ne durera que 5mn), en perd de la visibilité sur le but de ce blog et ne mangera pas de volaille pendant un certain temps! Pauv petites volailles...
 

Je vais tout de même surmonter cette aversion pour proposer une voie de discussion avec ces chers industriels, tenter de les amener à considérer le bonheur de la bête avant son extermination. Le sujet est complexe, car il implique une certaine éthique. Il me semble malheureusement qu'une l'industrie d'abattage de volaille se dotant dune éthique à la Brigitte Bardot revienne à imaginer Total adopter une politique environnementale poussée... Mais bon, Total l'a fait alors pourquoi pas les tueurs de poules! S'il s'avère qu'une bête bien dans ses plumes apporte un peu de tendresse à sa viande, c'est gagné: il y a un intérêt qualitatif caché sous l'éthique... C'est comme le coup de la légère électrocution... Peut être la raison officielle est elle d'étourdir les pauv bêtes, mais je suis pour ma part sur que cette décharge a pour but réel de crisper les muscles du cou afin d'en améliorer sa capacité à être tronçonné!!! Rien n'est gratuit, même pas l'énergie électrique nécessaire à la crispation d'une petite volaille! Je suis même persuadé que cette décharge ne les tue pas, alors que si peu d'ampères suffisent à faire mourir une petite poule... Mais bon pourquoi les électrocuter alors que, de toute façon, elles doivent être décapitées?
 

Ce genre de film est "vachement" important car il amène à reconsidérer l'emballage marketing de cette viande obtenue dans la barbarie la plus extrême (avant la même chose infligée à des êtres humains bien sûr...). Je suis dégoûté! Mais merci quand même de ce coup de pied au cul!
 

Sinon, l'idée de l'interview (je ne sais pas si elle est fraiche car je n'ai pas lu tous les articles) est très bonne et à répéter. D'ailleurs, ça me plairait bien d'être interviewé dans la catégorie culinaire, au loisir d'un prochain repas chez nos chère roomates (désolech pour le ch....), mais je ne me fais pas d'illusions, mes goûts prononcés pour le fromage et le vin me ferment définitivement cette issue! Il me reste les commentaires... Miam! Miam!
 

Maintenant que j'y pense, sauf dans les bronzés, il n'y a pas de viande avec le fromage et je me sens beaucoup mieux d'un coup: ce soir, j'évite la viande et ne déguste que le fromage que m'a ramené l'une des roomatches de Lille avant d'expressément me demander de l'évacuer du frigo qui se situe à mi chemin entre les Brain & DesignLab...