La scène underground mexicaine

Publié le par chloe et helene

Plus  le temps passe, plus je découvre des lieux atypiques, la scène underground de Mexico. La scène artistique mexicaine est à l'image de son pays, en perpétuel changement, une instabilité continuelle. Tout est à construire, tout est à faire. Protéger le patrimoine culturel, reconnaître le travail des commissaires d'expo, faire évoluer le pays.  Monde de violence, de corruption, de carnets d'adresses et de pauvreté, l'art apparaît ici comme une lutte.  Créer, c'est survivre.

Chacun recherche sa communauté. J'ai d'abord découvert ici le réseau punk avec ses bars, ses discos.  Une maison  transformée en boîte avec des bières sous le bar. (Le Londres) Et puis, un énorme marché aux puces , leChopo, près de Revolucion. Les skatters essaient de se frayer un chemin parmi les gothiques. Je n'avais pas trop ma place. Quand un ami a cherché à me saluer, il m'a regardé avec mépris car je n'avais pas tapé au bon endroit. Et puis, je n'avais pas les signes de reconnaissance, l'énorme trou dans l'oreille, les piercings un peu partout, les habits gothiques.


Les lieux artistiques alternatifs se développent. La casa vecina apparaît comme un lieu convivial avec un petit resto, un centre de documentation et un espace d'exposition. Je parlais avec mon chef, Victor de la cuisine mexicaine et des resto à ne pas manquer : "Je vais manger avec un ami ce midi à la casa vecina, si tu veux venir". Les "comida corrida" ne se refusent pas. J'arrive dans un lieu très sympa et qu'est-ce que j'entends : Georges Brassens! Au menu, soupe aux oignons et crèpes. Et depuis, c'est devenu la grande blague! Venez découvrir la cuisine mexicaine à la casa Vecina. L'ami en question est un jeune curateur. Un peu angoissé! Ce soir, pour lui, c'est le vernissage d'une expo photo Cristina Kahlo, au musée de Riveira. Il me raconte ainsi comment il a cherché à mettre en relation le travail de la nièce de Frida Kahlo avec La peinture murale de Diego de Riveira. Mais ce n'est pas toujours facile. La première réaction de la directrice du musée illustre les difficultés du travail de curateur "Pourquoi voulez-vous que je demande à un curateur d'organiser l'expo".

Jumex01.jpgEt puis, ce matin, je suis allée rendre visite avec mon chef au curateur de la collection Jumex. Là, c'est carrément un autre monde. On prend le métro jusqu'au nord de Mexico à indios verdes et là on doit prendre un bus pour atteindre le coeur d'une zone industrielle et rencontrer Michel. Au milieu de nulle part, il y a la plus grande collection d'art contemporain d'Amérique Latine. Petit tour dans la bodega (réserve)...Et wouaouhhh!!!On ne touche pas, on essaie de deviner entre les étagères les plus grands artistes du moment. Une collection impressionnante!!! Ici, plus on est riche, moins on paye d'impôts. Ca facilite naturellement les acquisitions. Le curateur est français. Il se lance alors dans une analyse très pertinente de la société mexicaine, de cette démocratie en façade, de ce pays riche dans lequel on a envie de s'installer. "Mais bon, au bout de 6 ans, j'ai l'impression d'avoir atteint mes limites, de ne plus pouvoir avancer dans la compréhension mexicaine, il va falloir que je change!!!". Petit tour dans la salle d'exposition de 800 m2 avec des oeuvres de Kiki Smith. L'expo a été importé du Walker Art Center de Minneapolis. Michel nous avoue: "Franchement, moi ca m'ennuie. Elle n'apporte rien de nouveau. Je n'aime pas sa vision du corps. Elle est dépassée et puis les petits animaux, les étoiles. On se rend tout de suite compte d'où elle vient". Une vision un peu sévère mais qui a le mérite d'être franche. Michel a débuté comme menuisier et par le hasard des choses, il est entré dans le monde de l'art. Il a une perception très fine et très personnelle de l'art. Pas d'hypocrisie, pas de "j'addddddooooooooooooore". Une expérience très enrichissante!

Et puis, le reste, si ca vous intéresse, je vous le raconterai plus tard!!! Les lieux d'exposition ne manquent pas ici...

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chloé 05/07/2007 16:13

C'est également Chloé qui a écrit l'article. Figure-toi que j'ai déjà entendu parlé de toi car il n'y a pas beaucoup de Chloé françaises ici qui travaillent et s'intéressent à l'art contemporain...Je travaille à l'Inba à la cordination nationale des arts plastiques dans le service du desarollo museal avec Victor. Ca me ferait également plaisir de te rencontrer. Quand as-tu l'intention de quitter le Mexique? Si tu n'es pas déjà partie, je vais me procurer ton numéro pour qu'on puisse se rencontrer. Que de coïncidences!!!

chloé 29/06/2007 21:46

juste pour te dire que la description m'a faite rire car...en tant que française étant à Mexico et travaillant dans l'art contemporain...j'ai rencontré Irving à la Casa Vecina et d'ailleurs je suis allé voir son vernissage il y a quelques jours ! j'ai rendu visite à michel à la fondation Jumex...bref des passages quelques peu similaires!!! et donc forcément bien amusants!je ne suis plus pour très longtemps dans la ville (avant un retour dans quelques mois!) mais si ça te dit qu'on discute de tout ça, avec plaisir!et puis quand meme, le texte signé CHloé et Hélène... moi c'est Chloé!!! plein de coincidences amusantes!!!